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Faculté de théologie de Lausanne

mardi 7 janvier 2020, par Nicolas Friedli

Polémiques sur le statut de la théologie à l’université et sur son rapport aux sciences des religions, site web décevant, la faculté de théologie et de sciences des religions de l’université de Lausanne peut susciter les doutes. Mais ses personnalités passées et présentes et sa capacité à évoluer avec son époque la rendent alléchante.

Ces dernières années, l’actualité de la faculté de théologie de Lausanne dans la presse généraliste a été plutôt polémique : Les sciences des religions ont-elles remplacé la théologie ? Ou une faculté de théologie est-elle une « école de pasteur.e.s » ?

Théologie ou pas, le faux débat !

Plusieurs articles de presse retrouvés sur le web — que chaque personne intéressée par des études en théologie à Lausanne pourrait, hélas, elle aussi retrouver — me semblent fondés sur des divergences théologiques en Église ou des conflits de personnes.

Pour faire court, la frange la plus évangélique de l’Église réformée vaudoise (EERV) estime que son Église et « sa » faculté ne sont pas assez évangélique (ou trop libérales ou pas assez confessante, etc.). Les débats sur la faculté ne sont qu’un épiphénomène d’une querelle institutionnelle.

À l’image de la ville qui l’accueille, la faculté de théologie de Lausanne a beaucoup changé ces dernières décennies. Mais changement ne signifie pas forcément reniement ou renoncement.

Quartier du Flon
Schwizgebel CC BY-SA

La question de savoir sur la faculté de théologie de Lausanne est toujours une faculté de théologie est sans intérêt. Les instituts de recherche et les différents projets des membres de l’institution ne laissent planer aucun doute. Le débat s’arrête ici ; point final.

C’est avec cet arrière-plan que je m’en vais visiter le site web de la faculté.

Impression de désolation

Et là, j’ai l’impression que l’on se moque de moi. La section « La théologie à l’Université de Lausanne » de la première page que l’on découvre en parcourant le menu fait peine à lire.

On me propose de suivre des formations à Genève et Neuchâtel, mais Neuchâtel n’existe plus depuis presque 5 ans. Puis on m’explique que si les disciplines de la théologie m’intéressent, il est serait bien que j’étudie la théologie ! Avec une petite image d’ange pour faire passer le discours.

Sur la page de présentation de la filière en théologie, on m’invite à télécharger un document intitulé Faut-il être croyant-e pour étudier la théologie ? — probablement une réponse aux querelles dont je faisais mention ci-dessus — mais le lien est mort.

Triste. Je n’ai pas l’impression que cette faculté souhaite des étudiant.e.s ; elle doit se contenter d’accepter celles et ceux qui s’inscrivent. On ne va pas s’arrêter là pour autant.

Une longue histoire tortueuse

Si la faculté est héritière de l’Académie de Lausanne, la filiation est pour le moins tourmentée. Scission en deux facultés de théologie, puis transformation de l’Académie en université, fusion des facultés de théologie, ajout des sciences des religions, puis création d’un Observatoire des religions en Suisse, enfin mutation en faculté de théologie et de sciences des religions.

Ancienne académie de Lausanne
Christian Mehlführer CC BY-SA

Alors que l’institution genevoise est « simplement » héritière de Calvin, celle de Lausanne est plutôt celle des mutations et des adaptations successives aux contextes. Ces fameuses mutations et tensions dont je parlais précédemment.

À Lausanne, il y a donc une faculté à deux cursus. Le seule qui m’intéresse ici est la voie « classique » en théologie. Mais j’imagine bien que la forte présence des sciences des religions enrichit toute la formation en théologie.

Au centre, les sciences bibliques

Autant le dire clairement, ce qui fait la spécificité de la faculté de Lausanne, c’est l’excellence de son Institut romand des sciences bibliques (IRSB). Sa page de présentation précise et alléchante ne rend que plus douloureux le contraste avec la présentation généraliste de la faculté.

Ce n’est pas forcément évident pour l’internaute en balade, qui se limitera peut-être aux quelques pages de départ du site mais c’est là que se cache le trésor de la théologie à Lausanne. C’est là que je retrouve l’excellent outil BiBiL, l’AELAC ou encore le RRENAB. Des acronymes que j’ai croisé et pratiqués durant mes études et qui sont toujours là 20 ans plus tard.

Les personnalités

Ce sont des figures marquantes qui ont fait et font la faculté de théologie de Lausanne. Le professeur d’Ancien Testament de renommée mondiale Thomas Römer, aujourd’hui administrateur du Collège de France.

Le professeur Simon Butticaz qui s’attaque au Nouveau Testament sans tabous. Et qui, comme le très médiatique Daniel Marguerat auquel il succède, montre d’excellentes qualités de vulgarisateur.

Le professeur Pierre Gisel, accusé dans son pays d’avoir bradé la théologie mais considéré ailleurs comme un des 35 penseurs qui influencent le monde. Et sur la pensée duquel se tiennent des colloques à l’autre bout du monde.

Ou, sous une perspective différente, je trouverais intéressant d’avoir dans ma faculté d’étude un spécialiste d’édition critique de la trempe de Maïeul Rouquette.

Il y en aurait d’autres, l’idée n’est pas d’en tenir une liste, mais de souligner cette impression que l’on peut choisir d’étudier à Lausanne non pour la faculté, son histoire et son prestige, mais pour ses individualités. Cela ne me semble pas si courant en théologie protestante.

Blog, tweets et cours en ligne

Finalement, c’est le professeur Olivier Bauer qui m’intéresse le plus dans ce travail de recherche de la faculté idéale pour étudier la théologie. Même si ses sujets de recherche — sport et religion et alimentation et spiritualité — ne sont pas a priori ceux qui m’intéressent le plus, j’apprécie sa manière de travailler.

L’homme tient le blog Une théologie au quotidien et s’exprime sur Twitter. Il propose des petits bouquins en ligne, un parcours de découverte du protestantisme, des programmes de cours détaillés, etc.

Je m’attendais à trouver beaucoup plus d’enseignant.e.s connectés.e. dans mes pérégrinations sur la théologie académique aujourd’hui. Pour le moment, Olivier Bauer me semble être le seul à utiliser le web en tant que « professeur en 2020 ». Mais peut-être que d’autres surprises m’attendent.

Mon bilan

Les impressions sont mitigées suite à ma « visite » de la faculté de théologie vaudoise. Beaucoup plus que les débats publics sur son statut, c’est son site web qui me plonge dans l’embarras. Je ne comprends pas bien le rôle des sciences des religions pour la théologie (et vice-versa) et j’ai l’impression d’un assemblage un peu boiteux de disciplines et d’instituts. Vu du web, je n’irais pas à Lausanne pour la cohérence et l’esprit d’équipe de la faculté.

D’autre part, plusieurs champs de recherche et personnes m’intéressent. J’aurais bien envie d’envoyer un message à l’une ou l’autre avant de me lancer, pour sonder le terrain. J’aimerais beaucoup lire des blogs de professeur.e.s tels que celui d’Olivier Bauer ; j’aimerais beaucoup que ces intellectuel.le.s qui ont de belles choses à dire arrêtent de se cacher derrière leurs sites institutionnels.

Est-ce que j’étudierais aujourd’hui la théologie protestante à Lausanne ? Pourquoi pas... mais il reste d’autres facultés à « visiter ».

La quête continue.